Jean Sounatois

Les Pierres de Baume

Polar historique en Auxois, 1429 — un village, des papiers secrets, et un tailleur de pierre qui choisit enfin son camp.

Les Pierres de Baume — édition brochée

Auxois · fin de l'été 1429

Synopsis

Été 1429. Orléans est délivrée, Charles VII vient d’être sacré à Reims ; mais l’Auxois demeure au duc de Bourgogne, allié de l’Angleterre. Baume, Créancey, Vandenesse et Châteauneuf se retrouvent au centre du jeu.

Fin de l’été 1429. Perrin de Baume descend avant le jour vers Vandenesse quand il trouve, au gué de La Lochère, un homme mort qu’on a fouillé jusqu’aux coutures. Les couteaux ont manqué un faux ourlet. Il y a dedans sept feuillets couverts de traits, de chiffres et de mots.

Perrin ne sait pas lire. Mais il taille la pierre depuis l’âge de douze ans, et il reconnaît sur le grand feuillet ce qu’aucun clerc n’y verrait : une enceinte allongée, cinq tours, un donjon carré. La forteresse de Châteauneuf, relevée pierre par pierre par quelqu’un qui savait ce qu’il regardait.

Ceux qui ont tué cet homme reviendront chercher ce qu’il portait. Un capitaine anglais qui n’a aucun droit sur les gens d’ici, un seigneur qui n’ose pas le renvoyer, un officier du duc qui lui prête ses sergents, et dans la vallée assez de gens payés pour rapporter ce qu’ils entendent. Perrin croit avoir caché sept feuillets ; il a mis le doigt dans un engrenage qui tient déjà son hameau et sa promise.

Il ne savait pas lire les mots. Il savait lire les murs.

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Prologue

Le jaque sentait la sueur d’un autre homme. Jehanne tenait l’épaule déchirée contre son genou, l’aiguille montait, tirait, redescendait, et elle comptait. Non pas les points : les pas qu’il lui resterait à faire quand son père la laisserait sortir.

Une bonne lieue jusqu’au gué de La Lochère. Un peu moins si elle prenait le fond du vallon sans s’arrêter, si la boue de la semaine avait séché, si personne ne lui demandait où elle allait. L’ombre du coteau avait déjà mangé la chapelle Saint-Gervais et commençait à monter le long des toits. Elle devait être au passage de la rivière avant que le soleil quitte les hauteurs. C’était tout ce qu’on lui avait dit : le gué, cette heure, et le signe.

« Tu bâcles », dit Martin.

Il se tenait derrière elle, les mains dans le dos, à la place exacte où il se plaçait toujours pour surveiller un ouvrage sans le toucher. Jehanne ne leva pas la tête.

« Non, mon père.

— Le sergent vient chercher ces trois pièces avant vêpres. S’il trouve un fil qui pend, ce n’est pas toi qu’il regardera de travers. »

Il disait *ces trois pièces* comme il aurait dit une charretée de drap. Un jaque fendu à l’épaule, deux paires de chausses éclatées au genou. Les hommes d’Oudot de Blaisy ne payaient jamais tout de suite et ne discutaient jamais le prix ; c’était le genre de clientèle dont son père tirait sa fierté.

Elle piqua trop vite ; l’aiguille manqua l’épaisseur du jaque, glissa sur le cuir de l’emmanchure et lui entra sous l’ongle. Le sang vint, une perle sombre. Elle referma la main pour ne pas tacher la laine et attendit que ça passe. La douleur, au moins, faisait taire le décompte.

« Quand ce sera fini, dit-elle, il faut que je porte les coiffes à Créancey. On les attend.

— Elles attendront demain.

Jean Sounatois

Auteur de polar historique ancré dans les paysages de l'Auxois. Les Pierres de Baume croise espionnage rural, pierre taillée et loyautés impossibles à la fin de l'été 1429.

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